INCENDO
Sur le rapport entre genres & classes. Revue de presse & textes inédits
Incendo « genres & classes » dans le bulletin Echanges
Categories: Débats & Critiques

Echanges, numéro 142, automne-hiver 2012-2013, vient de sortir. Le bulletin du réseau « Echanges et mouvement », dans sa rubrique « Notes de lecture » aborde le numéro  hors-série d’Incendo :

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Genres et classes

On doit saluer le travail remarquable de recherche, de documentation et de tentative de synthèse, fait par Incendo pour la réalisation de cette grosse brochure de 200 pages. C’est un bon tour d’horizon de la question.

Si ce terme de genre est devenu à la mode depuis quelques années, Incendo n’évoque pas ce problème (on se situe dans le courant à la mode).  Incendo fait comme si l’intérêt de la problématique allait de soi, comme si l’utilisation de ce terme allait éclairer davantage, fournir plus d’éléments d’analyse, d’arguments dans le débat que ne l’avaient fait dans les années 1970 les divers mouvements et groupes “ féministes ” C’est la reprise sous une autre terminologie de ce qui était au cœur du débat des féministes d’alors :  la domination de la femme par l’homme, donc nécessité de l’abolition de cette domination, qu’on formule aujourd’hui par “ abolition des genres
J’ai lu cette brochure en espérant y trouver des éléments de réponse quant à l’intérêt de cette problématique, mais j’en suis ressortie sans réponse à mes questions. Pour moi qui  avais suivi de près dans les années 1970 les mouvements féministes, pour avoir fait partie, à cette époque, de “ groupes de paroles de femmes ”, la brochure n’a rien apporté de plus, sur le fond du problème ; même si la brochure montre ce qui a changé depuis, l’évolution de la situation des femmes depuis les années 1970, l’évolution de leur place dans la société et les modifications de la législation.

Quand on  écrit un texte, on se pose la question du “ pour qui ” et “ pour quoi ”.
Pour les générations qui n’ont pas connu ces mouvements des années 1970 ?
Pour faire comprendre que la problématique de cette époque reste inchangée ?
Pour relancer le débat sur la question  autour de nous ?
Sans doute un peu des trois.

Au début de l’éditorial, il est écrit : “ Certains se demanderont ce qui nous a poussés à consacrer un numéro spécial aux liens entre rapports hommes/femmes (ou questions de genres, ou sexuation) et rapports de classes, entre domination masculine et capitalisme, sujet pour le moins épineux. L’explication se trouve dans les discussions sur l’oppression des femmes, vives et conflictuelles , qui animèrent un temps l’équipe du journal ( aujourd’hui composé d’une minorité de filles)
Or dans la brochure, on n’apprend rien de ces débats vifs et conflictuels qui animèrent l’équipe du journal (sauf dans certaines notes). C’est ce qui aurait fait l’originalité de la brochure et sa personnalité par rapport aux textes historiques, parfois un peu“ académiques ” qui en composent l’essentiel.

Si l’intention du départ est louable, les questions posées au départ  attendent encore leurs réponses.

Examinons rapidement les différents articles

Dans le premier article : “ Capitalisme, genres et communisme ” c’est un résumé des problèmes abordés dans le reste de la brochure. L’ensemble des problèmes y est clairement exposé ainsi que l’évolution des rapports hommes /femmes depuis les années 1970, et surtout ce que peut signifier le terme “ abolition des genres ”, dans la dernière partie les genres et la révolution. On peut y deviner les débats qui animèrent le groupe.

Quelques remarques :
Au début de cet article dans le paragraphe“ aux origines ”, seule la thèse de la grossesse est avancée pour expliquer la répartition des tâches différentes entre hommes et femmes, or il en existe une autre avancée par Alain Testart (anthropologue) montrant que dans certaines sociétés comme les Inuits ou les Aborigènes…, les femmes participent à la chasse “ sans effusion de sang ” c’est à dire avec des filets ou autres techniques, donc que cette séparation est liée à la symbolique du sang.

Et plus loin, (p.32) “ le capitalisme n’est donc pas en soi patriarcal, mais il est nécessairement sexué. Sexuation et domination masculine lui sont aujourd’hui indispensables et il ne peut donc, à l’heure actuelle, abolir les genres
Comme si le fait d’abolir les genres était en soi révolutionnaire, comme si le capitalisme ne pourrait pas s’en accommoder. Il faudrait démontrer que l’exploitation, l’existence des classes ne pourraient pas continuer alors. Cette éventualité dans le développement du capital est évoquée, mais trop timidement.
Et pour terminer, les formules “ A bas le prolétariat ! A bas les hommes ! A bas les femmes !
Vive l’anarchie, vive le communisme ! ” semblent tomber du ciel et être mises là pour se faire plaisir , aussi pour montrer qu’on est les meilleurs.

Les articles suivants sont des articles historiques, intéressants, agréables à lire et bien documentés, exposant bien les problèmes :
Sur le travail domestique, les femmes et le capitalisme : une histoire de la place du travail domestique sous le capitalisme.
Un demi siècle de chamboulements : les modifications de la famille au cours des cinquante dernières années.
Sur la reproduction de la force de travail au XIX è siècle : le développement du capitalisme au 19è siècle et le bouleversement de la famille qui l’a accompagné.
Paternalisme patronal : court article de 3 pages.
Sur le mouvement de libération des femmes des années 1970 :  Notes critiques sur les principaux aspects des mouvements féministes des années 70.

Les cinq textes suivants sont des documents très intéressants sur des luttes ou des groupes ou témoignage personnel. Ces textes abordent plus directement le problème des genres :

Ne me libérez pas je m’en charge ! Brèves sur les femmes et les luttes : trop brefs aperçus sur des luttes de femmes
Non-mixité et lutte armée le torchon brûle : histoire de ce groupe armé, féministe  “ Rote Zora ” , en Allemagne de 1975 à 1995.
Grève des loyers et grève des mères : décrit une lutte de femmes dans une zone économique spéciale (ZES) en Pologne, texte très intéressant.
Des parents d’élèves contre une fermeture de classe : dans une petite ville du Gard, comment les mères se sont organisées, avec les enjeux soulevés, notamment dans les rapports hommes /femmes de ces familles surtout immigrées.
Mauvaise blague : un texte distribué en tract en 2012, relatant une expérience personnelle, montrant l’état “ arriéré ” du milieu médical. Texte édifiant.

La brochure se termine par un lexique utile et s’accompagne de notes et d’une bibliographie  bien documentée.

A.  S.  Décembre 2012

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Voir aussi le blog Spartacus 1918

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