INCENDO
Sur le rapport entre genres & classes. Revue de presse & textes inédits
Chapes de plomb et plafonds de verre

Françoise Picq féministe

Chapes de plomb et plafonds de verre : nouvelle vague de combats féministes

Conférence organisée par Les Amis du Monde Diplomatique,  le 12 novembre 2013 à la Rose des Vents, sur le thème : « Chapes de plomb et plafonds de verre : nouvelle vague de combats féministes » avec :

Françoise Picq, maître de conférences en science politique à l’université de Paris 9, militante historique du MLF, auteur de Libération des femmes, 40 de mouvement, 2010 et de « Féministe encore et toujours », 2012
Julie Muret, porte-parole nationale d’Osez le féminisme !
Roseline Tiset, militante féministe au niveau local et national (« Femmes, genre, égalité » de la LDH)
Présentation de Nathalie Rubel, professeur de philosophie, docteur en philosophie

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Extraits de l’intervention de Françoise Picq :

Cette dynamique, qu’a été l’utopie révolutionnaire [des années 68], a effectivement produit de gros effets […] La société a récupéré le gauchisme de 68 et le Mouvement de libération des femmes pour que la société se réforme et s’améliore. Mais évidemment, le résultat a été qu’on a eu beaucoup plus que ce qu’on aurait eu si on avait été réformistes, mais beaucoup moins que ce qu’on voulait. Donc évidemment, cette dynamique d’utopie qui se transforme en réforme s’accompagne d’une frustration qui peut être très très importante. […] Il est vrai qu’aujourd’hui le féminisme n’est plus aussi subversif qu’il était, puisque c’est un petit peu une valeur partagée, en tout cas en paroles, de façons très très large… ça devient un programme de gouvernement autour de la question de l’égalité, de la lutte contre les discriminations. Et c’est dans cette perspective là, effectivement, qu’on peut identifier des plafonds de verre qui résistent, et qui freine la marche vers l’égalité mais aussi les chapes de plomb. […]

Il y a des moments dans l’histoire où le féminisme devient un mouvement social, et même un mouvement politique. A ce moment là il y a des questions de contexte, il y a des situations, qui font que tout devient possible, que l’utopie devient possible. On peut penser que les choses pourraient être autrement. C’est souvent – c’est l’histoire de France – dans des moments où l’ordre social est secoué pour une raison ou pour une autre. C’est pour cela que l’histoire du féminisme en France est très liée à l’histoire du mouvement social. C’est pas le cas partout. […] Il n’y a jamais eu en France le féminisme comme un mouvement de masse, comme ce qui a existé dans les pays anglo-saxons. Le féminisme en France n’a jamais constitué un mouvement de masse. Mais c’est un mouvement… je ne vais pas dire d’avant-garde parce qu’on a trop combattu la notion d’avant-garde, mais d’avantage, notamment en ce qui concerne le MLF, de minorité active. C’est à dire que c’est un groupe social pas très important, mais qui, à un certain moment saisit l’air du temps, en quelque sorte, et finalement porte quelque chose qui correspond à des aspirations profondes. […] Les minorités actives n’ont de pouvoir, d’influence, que si il y a derrière une aspiration plus massive à aller dans ce sens là. Quand cette aspiration cesse, et ça a été le cas dans les années 1980 […] les minorités agissantes n’agissent plus du tout, elles tournent en rond et elles n’ont plus de prise sur le réel.

 

A écouter sur www.amis.monde-diplomatique.fr

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