INCENDO
Sur le rapport entre genres & classes. Revue de presse & textes inédits
Grande-Bretagne : about porno

scanner-darkly

Grande-Bretagne : sexe, morale et vidéo

Londres vient de bannir de sa production pornographique une longue liste de pratiques sexuelles. Des féministes s’insurgent.

Fessée, ondinisme, fisting… C’est une longue litanie de pratiques sexuelles que la Grande-Bretagne vient de bannir de sa production pornographique en ligne. Selon le quotidien The Independent, les instances de régulation britanniques viennent d’élargir aux vidéos pornos «à la demande» des restrictions auparavant uniquement appliquées aux films pornos vendus en DVD.

Désormais donc, le porno made in Sa Majesté, qu’il soit vendu dans un sex-shop ou en ligne, proscrit : la fessée, les coups de canne, les coups de fouet «agressifs», toute pénétration effectuée à l’aide d’un objet «associé à des violences», toute atteinte physique ou verbale (qu’elle soit ou non consentie), l’ondinisme (pratique qui consiste à uriner sur son partenaire), l’éjaculation féminine, la strangulation, le facesitting (pratique qui consiste à poser son séant d’autorité sur le visage de son partenaire) et enfin, le fisting (les pratiques sexuelles qui impliquent l’usage du poing).

Cette étrange liste d’interdictions, définissant de fait le sexe «acceptable», a dérouté plus d’un Britannique. Le magazine The New Statesmanfait d’ailleurs remarquer que des pratiques bien plus sujettes à discussion, telles que le bukkake (lorsqu’un groupe d’hommes éjacule de concert sur une seule femme), ne sont étrangement pas concernées par ces restrictions. Le groupement d’associations Backlash, qui défend les libertés sexuelles en Grande-Bretagne, affirme de son côté : «Ces régulations vont avoir des conséquences importantes sur les productions destinées aux minorités sexuelles. Par exemple, elles interdisent désormais le fisting, une pratique qui est pourtant populaire et pratiquée sans danger au sein de la communauté LGBT.»

La réalisatrice de porno féministe Erika Lust, basée à Barcelone, s’est elle aussi publiquement plainte de ces nouvelles mesures. Elle écrit, dans une tribune, diffusée également sur The Independent : «En tant que réalisatrice de films érotiques, je suis affligée d’entendre cela, non seulement parce que mes collègues producteurs vont souffrir économiquement de ces mesures, mais aussi parce qu’il s’agit là principalement de restrictions sur des pratiques qui donnent du plaisir aux femmes.» La réalisatrice va encore plus loin, affirmant : «Nous voilà revenus à une ère où règne la morale victorienne.»

Interrogée par le magazine Vice britannique, la dominatrice Itziar Bilbao Urrutia ne dit pas autre chose : «Cette nouvelle législation est absurde et irréelle. Pourquoi donc interdire le facesitting ? Qu’est ce qu’il y a de si dangereux là-dedans ? C’est une activité qui est absolument sans danger, et que la plupart des dominatrices, moi y compris, pratiquent entièrement vêtues. C’est une histoire de pouvoir symbolique : la femme est au-dessus, inaccessible.»

Les dominatrices ne sont pas les seules à voir le facesitting comme une pratique qui relève du féminisme. Ses vertus ont également été célébrées par Beyoncé elle-même ; dans son dernier album, sorti en 2013, la pop star entame sa chanson Rocket, une ode à la sexualité, par ces mots : «Laisse-moi m’asseoir sur toi avec mon cul/pour que tu voies ce que je ressens»

De son côté, Erika Lust poursuit : «Avec cette législation, la Grande-Bretagne pourrait bien revenir à un stade où le porno est simplement le fantasme ennuyeux, irréaliste et masculin peuplé de bimbos prêtes à satisfaire les hommes comme si c’était leur devoir, et où les femmes sont soumises et plus vraiment dans le contrôle de leur sexualité.»

Déjà, en 2013, le gouvernement de David Cameron avait tenté de mettre en place un filtre anti-porno en généralisant le contrôle parental sur les ordinateurs britanniques. Mais très vite, il en est ressorti que le logiciel filtreur filtrait un peu trop… Il interdisait également tout accès à des sites évoquant la contraception, l’avortement ou l’homosexualité.

Johanna LUYSSEN

SOURCE : Libération

Leave a Reply