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Femmes cadres et maternité

creepy1Une femme cadre sur deux travaille durant son congé maternité

Selon une étude réalisée par Cadreo, la moitié des femmes cadres sont contraintes de travailler durant leur congé maternité. En cause, leur statut qui les rend «indispensables» aux yeux de leur entreprise.

Concilier sa vie professionnelle et l’arrivée d’un enfant, toujours le parcours du combattant? Si la moitié des femmes cadres déclarent que c’est possible, la même proportion continue pourtant de travailler, à distance, durant leur congé maternité, selon une enquête Cadreo, parue lundi. Pour Rachel Silvera, économiste et maîtresse de conférence à l’Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, «la situation est extrêmement grave».

Comment cela se traduit-il? «Durant leur congé maternité, elles sont très nombreuses à rester connectées via leurs smartphones et leurs ordinateurs pour entretenir des liens avec leurs collaborateurs et leurs clients», explique David Beaurepaire, responsable Développement & Stratégie de RegionsJob, au Figaro. Des conclusions qui semblent aller dans le sens de celles de l’Insee. Plus les femmes sont diplômées, moins elles interrompent leur activité après leur accouchement, selon une étude réalisée en 2010. Ainsi, seules 29% des femmes titulaires d’un diplôme supérieur à Bac + 2 cessent de travailler, contre 47% des détentrices d’un CAP ou BEP.

«Lourde culpabilité»

De fait, l’arrivée d’un enfant n’est pas sans impact: 47% des femmes interrogées considèrent d’ailleurs que le fait de devenir mère est l’évènement qui bouleverse le plus leur carrière, contre 25% des hommes. Pour David Beaurepaire, cet écart s’explique avant tout par «le phénomène de double-journée». En clair, les femmes cadres doivent lier leurs responsabilités professionnelles et le temps qu’elles consacrent à leurs enfants, à l’issue de leur journée de travail.

«Durant leur congé maternité, tout l’enjeu est de conserver le pied à l’étrier dans l’entreprise», soutient David Beaurepaire. Pour Rachel Silvera, auteur de Un quart en moins: Des femmes se battent pour en finir avec les inégalités de salaires, cette situation résulte en partie de la discrimination et du sexisme dont sont victimes les femmes. «Pour être cadre, il faut être indispensable», indique Rachel Silvera. «Résultat, les managers et employeurs font peser une lourde culpabilité sur les femmes qui partent en congé maternité». A ce titre, près d’un tiers des personnes interrogées par Cadreo déclarent que leur grossesse n’a pas été bien accueillie par leur direction. Difficile donc de couper le cordon, temporairement, avec leur activité professionnelle.

«Un essor des maladies professionnelles»

«La situation est extrêmement grave, car les employeurs ne savent pas, et ne veulent pas, gérer les absences prévisibles et mettre en place des processus de remplacement», s’indigne Rachel Silvera. Autre difficulté pour les femmes cadres: le partage des tâches domestiques et parentales, qui reste encore très inégalitaire. En moyenne, les femmes consacrent 3h26 par jour aux tâches domestiques contre 2 heures pour les hommes, selon l’Insee. 42% des femmes cadres attendent une plus grande participation de leur conjoint aux tâches ménagères, soit 10% de plus que les hommes, selon l’enquête de Cadreo.

«Il est nécessaire que chacun joue son rôle pour améliorer la situation: employeur, conjoint et mère», avertit Rachel Silvera. «Sinon, nous risquons d’assister à un essor dramatique des burn-out». Les femmes sont déjà plus affectées par les maladies professionnelles que les hommes: elles auraient été 3 % à avoir été victimes de burn-out au travail en 2012 et les hommes, 1,4 %, en France, selon l’Institut national de veille sanitaire. Signe qu’en cette Journée internationale des droits des femmes, le chemin de l’égalité est encore long.

SOURCE : Le Figaro

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