INCENDO
Sur le rapport entre genres & classes. Revue de presse & textes inédits
Japon : pénurie de crèches

Mariana Yampolsky.1925-2002 (1)La pénurie de crèches pousse à bout les Japonais

Dans le centre de Tokyo, 36 % des demandes en crèche ne seraient pas honorées. Le blog d’une mère furieuse a déclenché un mouvement de protestation.

La fronde a démarré par un simple message anonyme posté sur un blog. « Impossible d’avoir une place en crèche ! Crève, Japon ! » La violence du texte, mis en ligne en février, est à la mesure de la colère de son auteure, une mère d’enfant en bas âge de Tokyo. Son congé maternité touchant à sa fin, elle s’inquiète pour la reprise de son emploi.

« Je me moque des affaires extraconjugales de politiciens et de leurs pots-de-vin, écrit-elle en référence aux scandales qui ont récemment agité le milieu politico-médiatique nippon. Je me moque des milliards gaspillés dans les Jeux olympiques. Je me moque du logo ridicule des JO, mais s’ils peuvent payer un designer plusieurs millions de yens, ils peuvent sûrement en garder un peu pour les crèches. » Contactée par l’hebdomadaire Shukan Bunshun, la jeune femme explique avoir poussé un « cri du cœur ». Son message, largement repris, semble avoir libéré la parole, et la révolte s’est peu à peu emparée du pays.

Une manifestation a d’abord été organisée début mars. « Ils promettent beaucoup, mais ils ont d’autres priorités », dénonçait la mère d’un bébé de 4 mois. Son mari travaille, et elle aimerait reprendre son emploi. Mais pour l’instant, impossible de trouver une place en crèche.

Pourtant, elle habite à Suginami, un des rares arrondissements de Tokyo à mener une véritable politique familiale. « Le problème est que cela attire des familles de quartiers moins favorisés, explique le père. Plus il y a de disponibilités, plus il y a de candidats. » Dans le centre de Tokyo, 36 % des demandes de places en crèche ne seraient pas honorées.

Le gouvernement entre promesses et maladresses

La situation est telle que, le 29 mars, le ministre des affaires sociales, Yasuhisa Shiozaki, a dû présenter un plan ­d’urgence. Il s’agirait notamment d’assouplir les règles en vigueur, en augmentant, par exemple, le nombre d’enfants dont peut s’occuper un employé.

Difficile de dire si cela suffira à calmer le méconten­tement, aggravé par la maladresse du gouvernement. Interrogé au Parlement, le premier ministre, Shinzo Abe, a éludé en expliquant qu’on ne pouvait pas prendre au sérieux un message de blog anonyme. Il s’est également trompé dans les termes, confondant centre de soins (« hokenjo ») et crèche (« hoikuen »).

L’imbroglio a mis en porte-à-faux le ­premier ministre, qui claironne depuis son retour au pouvoir en décembre 2012 sa volonté de ­faciliter l’emploi des femmes. En novembre 2015, il avait promis d’augmenter de 500 000 le nombre de places en crèche avant mars 2018. L’engagement est difficile à tenir, notamment en raison de la difficulté à recruter du personnel. La rémunération, de 2,12 millions de yens (16 900 euros) par an à Tokyo, est en effet faible. L’opposition a déposé une proposition de loi pour l’augmenter. Mais une réunion à ce sujet, organisée le 23 mars, n’a réuni que 19 parlementaires. Dont aucun du Parti libéral-démocrate de Shinzo Abe.

SOURCE : Le Monde

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