INCENDO
Sur le rapport entre genres & classes. Revue de presse & textes inédits
Liban : mariages précoces
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tina modotti 1896-1942 (5)Mariées à 13 ans, elles perpétuent la tradition avec leurs filles

Dans les zones rurales syriennes, le mariage précoce est monnaie courante.

Une bouche de moins à nourrir. C’est ce que se disent des familles syriennes en donnant en mariage leurs filles de 13 ou 14 ans à des hommes qui peuvent être âgés de 30 ans. Sous d’autres cieux, cela s’appelle pédophilie, un crime passible de prison. Pas en Syrie, ni dans certains pays d’accueil…
Pour de nombreux Syriens, notamment ceux qui vivent dans les zones rurales, le mariage précoce à la fin de la préadolescence est normal. Dans les camps de réfugiés du Liban, on rencontre des femmes âgées de 31 ou de 35 ans qui sont déjà grands-mères. Mariées à l’âge de treize ou de quatorze ans, elles donnent leurs filles en mariage au même âge qu’elles, même si toutes reconnaissent qu’il n’est pas bon de se marier jeune et qu’elles n’ont jamais été heureuses avec leur mari. Pour seule explication, elles affirment : « C’est ainsi que va le monde, c’est la loi de la vie. »

Venues de milieux ruraux et pauvres en Syrie, ces femmes, qui se sont mariées suite à la décision prise par leurs parents, ne reçoivent aucune éducation sexuelle et c’est juste le jour de leur mariage, à quelques heures de leur première nuit, qu’elles savent ce qui les attend. C’est soit une tante, soit la future belle-mère qui prend cette initiative. Elles avouent avoir pleuré des jours durant après leur première nuit. « Puis on s’habitue », disent-elles.
Les plus jeunes, n’ayant pas encore atteint la majorité et ayant un ou deux enfants, n’arrivent pas à formuler facilement leurs idées. C’est comme si elles manquaient du vocabulaire adéquat pour y parvenir. Les plus vieilles n’ont pas non plus la maturité des femmes de leur âge envers lesquelles la vie a été beaucoup plus clémente.
Leur situation de réfugiées ne fait qu’ajouter à leur misère psychologique et financière. Elles sont prises en charge par l’association syrienne Aden, dirigée par Maha Atassi, à Tripoli.

La violence au quotidien
Mona a 14 ans. Elle a fui Homs avec sa famille il y a quatre ans. Mona allait à l’école, jusqu’au jour où, l’année dernière, ses parents ont décidé de la marier. Mona est l’aînée d’une famille de cinq filles, dont la benjamine a trois ans.
« Il s’est présenté à mes parents. Il avait 22 ans. Il m’a plu. L’idée de me marier m’a plu aussi. J’ai quitté l’école et je m’attendais à vivre une vie semblable à celle de mes parents, qui s’aiment et qui sont bien ensemble », dit-elle.

Mona se fiance durant un mois et tout se passe bien. Puis, trois jours après le mariage, le mari commence à la battre. « Il me battait à longueur de journée, le matin, le soir, j’essayais d’être gentille avec lui, de faire tout ce qu’il voulait. En vain. Il utilisait sa ceinture, un bâton… J’avais des bleus partout. Je recevais des coups sur tout le corps mais pas sur la tête. Pourtant, je m’évanouissais souvent. Il m’interdisait d’aller chez mes parents ou de les appeler. Il m’insultait aussi tout le temps », ajoute-t-elle.
Quatre mois après son mariage, Mona, qui a un visage d’enfant, réussit à convaincre son mari de la ramener chez ses parents. Elle reste auprès de sa famille, son divorce est prononcé au bout d’un mois.
« Je pensais améliorer mon quotidien en me mariant. À Tripoli, nous sommes sept personnes à vivre dans une même chambre. En Syrie, nous avions une maison, une vraie », confie-t-elle. L’adolescente compte aller à nouveau à l’école et apprendre plus tard un métier mais ne veut plus jamais se remarier.
La mère de Mona, qui s’est mariée à 20 ans, avoue qu’elle voulait donner également en mariage l’une de ses filles actuellement âgée de 13 ans, mais après la mésaventure de son aînée, elle a peur et ne le fera plus.

Alia a 18 ans. Elle s’est mariée à 14 ans et a deux enfants dont l’aîné est âgé de trois ans. Originaire d’Idleb, elle avait épousé en Syrie un homme âgé de 30 ans. Et c’est enceinte de son premier enfant qu’elle a fui avec son mari et la famille de ce dernier vers le Liban.
« J’ai toujours rêvé de poursuivre mes études. Mais c’était impossible. Mon père est mort quand j’étais petite, et je vivais avec ma mère et mes deux sœurs chez mes grands-parents maternels. J’étais un fardeau pour eux. J’ai donc quitté l’école pour me marier. Mon mari est un homme nerveux, parfois violent. Il ne reste pas longtemps dans le même emploi. Au cours des deux derniers mois par exemple, nous avons déménagé à six reprises... » dit-elle. Elle martèle que « les plus beaux moments de (sa) vie étaient à l’école en Syrie. Si seulement j’avais pu y rester ».
Alia a du mal à parler de son quotidien. De quoi rêve-t-elle pour l’avenir ? Des larmes lui montent aux yeux. Elle regarde droit devant elle et déclare : « Rien. Ma vie a pris fin quand je me suis mariée. »

SOURCE : L’Orient le jour

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