INCENDO
Sur le rapport entre genres & classes. Revue de presse & textes inédits
Glock & LGBT
Categories: Monde : Amériques

Madame Yevonde 1893-1975 (3)Le géant BlackRock s’attire les foudres d’une association gay

Les militants de Gays Against Guns veulent « faire honte et diaboliser » les sociétés qui travaillent et investissent dans le secteur des armes à feu, après le massacre d’Orlando dans une boite de nuit gay. Ils visent en particulier le géant de la gestion BlackRock.

Aux Etats-Unis, une nouvelle association militante, Gays Against Guns, veut faire pression sur les entreprises qui ont des liens avec l’industrie des armes au nom de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans). Pour leur première campagne, ils frappent fort en s’attaquant à BlackRock. L’immense fonds d’investissements de Larry Fink, qui gère près de 4.900 milliards de dollars, détient des actions de Strum Ruger & Co et de Smith & Wesson Holding Corp, deux fabricants d’armes utilisées régulièrement dans des fusillades de masse aux Etats-Unis. Aux yeux de l’association, c’est une forme de soutien inadmissible à la vente d’armes aux particuliers, et donc, par extension, aux fusillades de masse à caractère homophobe.

Le choc de la tuerie d’Orlando

L’association Gays Against Guns a en effet été créée peu après la tragédie d’Orlando , qui a fait 49 morts par balle dans une boîte de nuit gay. Selon Tim Murphy, porte-parole de l’association, l’objectif est de « faire honte et diaboliser » les firmes qui travaillent avec le secteur des armes à feu. Pour l’association, il faut choisir : soit soutenir les droits de la communauté LGBT, soit militer pour le NRA (le lobby des armes à feu), favorable au port des armes pour les particuliers. « C’est eux ou nous ». Malgré tout, la communauté activiste LGBT ne s’est pas unanimement ralliée à la lutte contre le port d’armes aux Etats-Unis. L’association la plus importante du pays, Human Rights Campaign, milite en effet prudemment en faveur d’une meilleure régulation de la vente d’armes plutôt que pour l’interdiction pure et simple.

La défense de BlackRock

Le mode opératoire de Gays Against Guns consiste pour l’instant à l’envoi de courriels à BlackRock, voire à des confrontations plus directes avec le fonds, pour le pousser à cesser ses investissements dans l’industrie des armes à feu. Le géant de la gestion n’a pas tardé à répondre. Il a expliqué que ses porte-feuilles se contentaient de répliquer la composition des indices, qui englobent une diversité de secteurs, dont celui des armes. BlackRock est en effet l’un des champions de la gestion passive via les ETF (fonds indiciels cotés) .

Cependant, dans son communiqué, le fonds rappelle que les investisseurs ont la possibilité de personnaliser leurs portefeuilles pour les adapter à leurs valeurs morales. Une occasion pour BlackRock de rappeler son soutien historique à la communauté LGBT : la société figure parmi les mieux notées par le Human Rights Campaign Corporate Equality Index, qui mesure l’engagement et la qualité de l’environnement de travail pour la communauté LGBT.

Un marché des armes à feu en pleine expansion

Si les placements sur le marché des armes à feu sont recherchés, c’est aussi parce que le secteur connaît une forte expansion. Le fabricant autrichien Glock, leader mondial du pistolet, a publié des résultats records ce mois-ci : son chiffres d’affaires a bondi de 55 % à 501 millions d’euros, et a plus que doublé son bénéfice net. Aux Etats-Unis, les modèles de petite taille font fureur auprès des particuliers. En effet, sur le marché américain, la demande ne tarit pas. Si les cours des fabricants d’armes baissent sensiblement en bourse après les fusillades , les mesures de réglementation,elles, font flamber les cours. L’action Smith & Wesson gagne ainsi plus de 35  % depuis le début de l’année à Wall-Street.

Aux yeux des investisseurs, les projets de régulation entamés par l’administration Obama au début de l’année ont un effet dopant sur les ventes immédiates . Ceux-ci considèrent que les consommateurs se précipiteraient à l’achat pour anticiper des potentielles restrictions.

Camélia Echchihab
SOURCE : Les Echos

Leave a Reply